ADN, vidéosurveillance et réseaux sociaux : comment les pilleurs vont être recherchés
Après un week-end de mobilisation générale contre la « vie chère » en France, qui a dégénéré en émeutes et pillages d’une ampleur inédite, le gouvernement et les autorités embrayent désormais sur la réponse judiciaire à apporter.
Ce lundi 19 octobre, dans la matinale de France 2, Gérald Darmanin affirme avoir « donné des instructions pour que la réponse pénale soit d’une immense fermeté », annonçant que des « dizaines de personnes » avaient déjà été placées en détention provisoire à la suite des violences du week-end, englobant les casseurs et les pilleurs.
« Il y a eu 2 331 gardes à vue pendant le week-end, 70 % sont des majeurs, très souvent connus des services de police », dont « plus de 80 % » font l’objet de poursuites, a précisé le ministre de la Justice, qui a aussi partagé sur X des profils de premières personnes placées en détention provisoire. Comme cet « individu de 46 ans, interpellé samedi avec des vêtements neufs en sortant d’un commerce vandalisé », ou cet « individu de 19 ans, interpellé à l’intérieur d’un magasin pillé, caché dans la cabine d’essayage ».
« Ont-ils bien pensé à ne pas laisser d’ADN, d’empreintes ? »
Sur TF1, la procureure de Paris s’est montrée tout aussi déterminée. « Nous allons rester mobilisés autant de temps qu’il faudra » pour répondre à ces « actes odieux », a annoncé Laure Beccuau, notamment grâce à des investigations approfondies, sous la forme d’enquêtes préliminaires concernant « les faits les plus graves ».
« Sont-ils sûrs, tous ces individus qu’on va se mettre à rechercher, qu’ils ne se sont pas (blessés) en coupant une vitre, qu’ils n’ont pas laissé une trace de sang ? Ont-ils bien pensé à ne pas laisser d’ADN, d’empreintes ? Ont-ils bien pensé que nous allions les pister sur leur trajet de retour dans les transports en commun ? », énumère-t-elle. La procureure incite les commerçants victimes à signaler à la justice d’éventuelles preuves et à les conserver : « s’ils constatent des objets qui ont été abandonnés, des traces de sang », par exemple.
Sur les scènes de pillage les plus significatives, des prélèvements d’ADN et d’empreintes digitales vont être réalisés afin de récolter des éléments de preuves, note Le Parisien. Des croisements avec des individus déjà interpellés ou condamnés, répertoriés au Fichier des Antécédents Judiciaires (TAJ), pourront ensuite être effectués.
Le préfet de police Patrice Faure a lui annoncé sur X ce lundi matin la mise en place d’une « task force » autour des enquêteurs pour « passer au peigne fin tous les signalements et toutes les images disponibles, qu’elles proviennent de la vidéoprotection, des caméras des commerces ou des réseaux sociaux ».
Sur ces réseaux sociaux, un grand nombre de vidéos et photos circulent, où l’on peut voir des pilleurs sortir à visage complètement découvert, de la marchandise plein les bras.
Sur Vinted, les annonces fleurissent
« J’appelle également toutes les personnes témoins de violences ou de dégradations à transmettre leurs vidéos aux services de police », a ajouté le préfet.
Les enquêteurs pourront aussi s’appuyer sur le traçage d’objets connectés volés comme des smartphones ou des montres, si les commerçants ont pris soin de communiquer les numéros de série.
Un autre gros volet de leurs recherches concernera également les plateformes de revente en ligne, type Vinted, Le Bon Coin ou eBay. Depuis ce week-end, des annonces suspectes y fleurissent, pour des jeux vidéo, baskets, ordinateurs, parfums, du maquillage… Sur Vinted, une annonce pour un pull de marque Stone Island ne fait même aucune ambiguïté puisque son vendeur annonce en description qu’il a été « volley (sic) pendant la manif du 17 octobre ». Des personnes publient aussi des annonces dans lesquelles elles sont en recherche de « maquillage pas cher du 17 octobre ».
Le même phénomène avait déjà émergé sur ces plateformes après les pillages de l’été 2023, consécutifs à la mort de Nahel à Nanterre. Rappelons que le recel est puni de cinq ans de prison et 375 000 euros d’amende.
Des personnes se sont aussi filmées en train d’égrainer leur butin, parfois à visage découvert, toujours sur les réseaux sociaux, comme le relève Le Dauphiné.
Du rappel solennel à la loi à jusqu’à dix ans de prison
Auprès du Figaro, Vinted assure que « depuis ce week-end, [ses] équipes ont agi immédiatement pour identifier et supprimer les annonces susceptibles de concerner des biens volés » et ont « renforcé le contrôle des annonces suspectes ».
Dans la sémantique judiciaire, la notion de « pillage » n’existe pas. On parle ici de « vol aggravé ». Il est puni pour une personne majeure de cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende, quand le vol est effectué en réunion, ce qui a quasiment été tout le temps le cas ce week-end. L’ajout de circonstances aggravantes comme des dégradations physiques ou des violences peut porter la peine jusqu’à 10 ans de prison et 150 000 euros d’amende.
Pour des mineurs entre 13 et 17 ans, les peines ne peuvent excéder de moitié celles des adultes, avec une amende maximale plafonnée à 7 500 euros. Pour ceux qui ont entre 16 et 17 ans, l’excuse de minorité peut être levée en cas de récidive ou de profil très lourd. Selon le jugement, la détention se fait en Centre éducatif fermé (CEF) ou en Établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM).
Malgré tout, si c’est la première fois que le mineur commet un délit et qu’il exprime des regrets, le juge peut se montrer plus clément en prononçant un simple rappel solennel à la loi devant le tribunal, une mesure éducative unique ou un travail d’intérêt général (TIG).



