Politique

Au Bourget, Jean-Luc Mélenchon fait de « la force » un argument de campagne

L’actualité est parfois facétieuse. En ce samedi 7 novembre, un mouvement social affecte le trafic du RER B. Problème, cette ligne dessert Le Bourget, où Jean-Luc Mélenchon tient son meeting, tourné autour de la sortie de son programme actualisé « L’Avenir en commun ». L’événement est organisé au Parc des Expositions de la ville de Seine-Saint-Denis, desservi par un flot de navettes mises à disposition par LFI depuis la gare RER.

Malgré les perturbations, la foule est au rendez-vous. Beaucoup de jeunes, de très jeunes même. Comme ces deux lycéens, croisés dans le bus qui mène sur le lieu du rassemblement. Ils fêteront leurs 18 ans avant le premier tour. Le parti mélenchoniste attend près de 20 000 personnes dans cette large enceinte, où François Hollande avait tenu un meeting fondateur lors de sa campagne victorieuse en 2012.

« Il y avait déjà des gens qui faisaient la queue à 11 heures ce matin », savoure le député LFI Thomas Portes, quelques minutes avant le coup d’envoi. Plus d’une heure après le début des prises de parole, un membre de l’équipe de campagne n’en revenait pas : « les navettes sont pleines et arrivent encore ». La salle est pourtant déjà noire de monde. Les drapeaux tricolores et ceux de la France insoumise disposés sur les chaises permettent au parti mélenchoniste des plans larges donnant l’impression d’une marée humaine, destinée à inonder les écrans.

« La force va à la force »

Car, de l’aveu même du candidat, c’est le principal objectif du jour. « C’est une logique de syndicaliste, la force va à la force. Et les gens ont besoin de sentir cette force », expliquait Jean-Luc Mélenchon en amont de l’événement, face à une grappe de journalistes agglutinés dans des loges étroites. Une démonstration. Voilà ce que recherche la France insoumise qui, une fois encore, a misé sur des innovations de mises en scène visant à accentuer le caractère « spectaculaire » de l’événement.

Tout semble ainsi destiné à faire de cette convention une prestation massive. Y compris la version épique et électro-kitsch de la Marseillaise qui accompagne l’arrivée scénarisée de Jean-Luc Mélenchon, se pliant à l’exercice éculé du candidat fendant la troupe militante sous les acclamations. « Le premier message de notre rassemblement, c’est notre nombre », a-t-il lancé en introduction de son discours, expliquant que celui-ci « est un bien précieux qui donne confiance à celui qui entre dans l’action ».

Dans cette même logique de rassemblement, le candidat a fait applaudir Stéphane Peu, président du groupe communiste à l’Assemblée nationale, qui a annoncé le ralliement de la majorité des députés de son groupe en amont du meeting. Mais sur le fond, hors de question pour Jean-Luc Mélenchon d’édulcorer la radicalité de son programme. « Je n’ai qu’une chose raisonnable à vous proposer, il faut tout changer », a-t-il lancé, appelant ses ouailles à « démanteler toutes les citadelles ». Alors que sa perception des questions internationales crispe à gauche, le candidat LFI n’a pas (du tout) amendé son projet, prévoyant notamment de construire autour de la France un « front des non-alignés », vis-à-vis des États-Unis.

La stratégie des « causes communes »

Planification écologique, éco-régions, économie, sortie du nucléaire… Le tribun a déroulé sur ses thèmes de prédilection, censés illustrer la diversité des solutions d’un programme comptant plus de 1 000 mesures. Mais après ce détour par le fond, les impératifs de la bataille électorale ont repris le dessus, avec une référence aux sondages qui le donnent systématiquement perdant au deuxième tour, ce qui est utilisé par les autres candidats de gauche comme un argument de poids, permettant de se présenter en alternative face au risque RN.

« D’après leurs boules de cristal, nous serions battus au deuxième tour. Oui, c’est ce qu’on a dit à Lula aussi », a ironisé Jean-Luc Mélenchon, en référence à la victoire du président brésilien, qui a déjoué les pronostics face à Flávio Bolsonaro. Pour le tribun, ces pronostics étayés par les sondages servent seulement de « prétexte » à ceux qui refusent de le soutenir. « D’autres commentateurs me recommandent de mettre de l’eau dans mon vin pour séduire et être moins clivant. Je ne le ferai pas. Ce serait une attitude politicienne qui ne convaincrait personne, mais qui dégoûterait tout le monde », a-t-il prévenu.

Afin de lever les blocages qui peuvent se porter sur son mouvement et ce qu’il incarne, Jean-Luc Mélenchon a ainsi théorisé une stratégie : celle des « causes communes », consistant à s’adresser aux électeurs via les mesures du programme, et non à tenter de les convaincre sur le logiciel anticapitaliste de la France insoumise.

Au regard des mines satisfaites des cadres LFI rangés derrière le chef sur la scène, et de l’enthousiasme débordant exprimé par les militants, le sentiment d’une victoire quasi assurée domine. En privé, Jean-Luc Mélenchon se montre pourtant plus prudent. « On sait bien qu’un pays en ébullition sociale n’est pas un long fleuve tranquille », a-t-il soufflé, se méfiant de ses adversaires de gauche qui pourraient gâcher ses plans. « Tant qu’il y en a un qui bouge, je suis en alerte », a-t-il assuré. D’où la nécessité d’une démonstration de force à six mois du scrutin. Elle vise à neutraliser la concurrence.