Santé

« Trop peu d’infos » : Célia, 38 ans, veut briser le tabou sur les grossesses extra-utérines

« Il y a trop peu d’informations autour de cette complication de la grossesse. » Récemment, une publication très intime de la créatrice de contenu Célia Caraglio – alias Célia CM sur les réseaux sociaux – est devenue particulièrement virale sur Instagram. Dans un texte au ton tantôt grave tantôt sarcastique, elle raconte comment, à la fin de l’été, son pronostic vital a été engagé en raison d’une grossesse extra-utérine.

Encore taboue, cette complication résulte du développement de l’embryon en dehors de l’utérus. Selon l’Inserm, elle concerne environ 2 % des grossesses, soit 15 000 femmes par an dans l’Hexagone. Si elle n’est pas prise en charge suffisamment tôt, la grossesse extra-utérine peut entraîner une rupture de la trompe et une grave hémorragie. C’est ce qui est arrivé à la trentenaire, admise en urgence à l’hôpital avec un pronostic vital engagé.

En cause, un diagnostic tardif. « Je me suis dit que mon cas devait être un peu exceptionnel. Mais sur Instagram, des dizaines de femmes m’ont confié avoir elle aussi avoir été soignée en urgence. En 2026, on peut encore mourir d’un désir d’enfant », regrette-t-elle auprès du HuffPost.

« Si j’avais su, je n’en serais pas restée là »

Tout commence par la joie d’un début de grossesse au cours de l’été puis, fin août, une énorme déception : le médecin de Célia diagnostique un arrêt de grossesse – une « fausse couche », dans le langage courant. À l’échographie, l’embryon n’est pas visible. Célia annonce la nouvelle avec beaucoup de tristesse sur Instagram, où elle reçoit beaucoup de soutien.

Dramatique rebondissement quelques semaines plus tard. Une violente douleur la réveille en pleine nuit et, après une longue négociation entre son mari et le Samu, elle arrive aux urgences, victime d’une hémorragie. C’est là que le diagnostic est posé.

« J’ai choisi d’en parler sur Instagram parce que, si j’avais lu des posts comme le mien, je n’en serais peut-être pas restée là avec mon gynéco, j’aurai sans doute demandé un deuxième avis », commente l’ancienne infirmière. « Et parmi les témoignages que j’ai reçus, certaines femmes sont allées aux urgences alors qu’elles faisaient une hémorragie, on leur a donné un Lexomil », se désole-t-elle.

Retards de diagnostic

« Non prise en compte de la douleur exprimée par les femmes », manque de communication autour de cette complication, protocoles médicaux « trop peu appliqués, selon les médecins urgentistes qui m’ont pris en charge »… : les raisons qui expliquent les retards de diagnostics sont nombreuses, d’après Célia CM. « Je pense qu’il y a aussi cette idée reçue selon laquelle il ne faudrait surtout pas effrayer une femme enceinte, il faut qu’elle soit sereine », ajoute la trentenaire.

Si elle est reconnaissante envers le corps médical pour sa diligence dans sa prise en charge une fois arrivée aux urgences, Célia Caraglio ne peut s’empêcher de relever certaines indélicatesses. « Dans les paroles des médecins, à aucun moment il n’y a eu un mot sur la perte que je venais de subir. C’est comme si j’avais fait une appendicite et qu’on m’avait enlevé l’appendicite… »

En outre, son hospitalisation s’est poursuivie à proximité immédiate des chambres de maternité. « Forcément, on entend les bébés pleurer. J’ai trouvé ça vraiment cruel. En 2026, avec les progrès qu’on a faits en psychologie, on voit encore ça… », se remémore-t-elle.

Pour les fausses couches comme les grossesses extra-utérines, la « règle tacite des trois mois » avant de parler d’une grossesse est particulièrement douloureuses, souligne Célia. « Il y a énormément de femmes qui traversent un arrêt de grossesse dans la solitude. En plus de l’avoir vécu, elles doivent cacher leur souffrance. D’un commun accord société, ce serait chouette d’abolir cette habitude ».

Si les études sur les grossesses extra-utérine ne permettent pas d’estimer précisément les impacts de cette complication sur la fertilité, Célia, déjà mère d’une petite fille, n’envisage pas de nouvelle maternité. « Pour l’instant, je n’ai plus de désir d’enfant. Essayer d’en refaire un, c’est risquer ma vie. »