Politique

L’hypothétique retour des gilets jaunes laisse les politiques perplexes

Chaque année, la perspective d’un automne social rythmé par les Gilets jaunes revient dans le débat. En septembre 2025, c’est le mot d’ordre « bloquons tout » qui avait réveillé le souvenir des manifestations monstres qui avaient percuté le premier mandat d’Emmanuel Macron. En cette rentrée, et au regard de l’envolée des prix du carburant en raison de la guerre en Iran déclenchée par Donald Trump, c’est la date du 17 octobre qui attire l’attention. Sur Facebook, Instagram ou encore TikTok, plusieurs appels à manifester sont ainsi diffusés depuis plusieurs jours.

Au cœur des préoccupations donc, le prix du gazole qui a dépassé la barre des 2,30 euros le litre, et la vie chère en général. Avec, comme point de comparaison, l’automne 2018, alors que ce même carburant s’affichait aux alentours de 1,50 euro en station. Sur Facebook, les vidéos filmées en mode selfie pour s’indigner du coût de l’énergie réapparaissent, et les visuels de mobilisation générés par l’IA se multiplient.

« Vigilance particulière »

De quoi rallumer l’étincelle qui a déclenché l’incendie des Gilets jaunes ? Chez les responsables politiques, la prudence est de mise. « Les situations ne sont en rien comparables. La colère des Gilets jaunes venait de loin, attisée par la fameuse taxe carbone. La hausse des prix est exclusivement liée aux tensions géopolitiques », veut croire un conseiller ministériel cité par BFMTV. Selon cette même chaîne, le renseignement territorial a produit une note invitant l’exécutif à une « vigilance particulière » en raison de potentiels troubles à l’ordre public.

Invité sur France 2 ce dimanche 13 septembre, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, n’a pas dit autre chose. « On verra… Effectivement, un certain nombre d’appels circulent sur les réseaux sociaux pour appeler à manifester sur la voie publique », a-t-il souligné, se disant toutefois « toujours très serein » face aux « mouvements de rue ».

Le ministre précise ainsi que son administration, conformément à son rôle, surveille l’évolution de la situation. À l’inverse, l’ex-ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, estime que les conditions sont potentiellement réunies pour une flambée sociale. Le « contexte est exactement le même », a-t-il alerté lors de l’émission Le Grand Jury (RTL, Public Sénat et Ouest-France).

Débouché électoral

Du côté de l’opposition, cet hypothétique retour reste pour le moment observé avec distance. Interrogé sur le sujet par BFMTV ce dimanche, le candidat à la primaire du PS, Olivier Faure, a affirmé être prêt à soutenir la démarche. « S’ils se soulèvent, je le dis aussi, je le comprendrai parfaitement et je serai à leurs côtés, car il n’est plus tolérable d’avoir des gens qui travaillent, mais qui ne sont pas rémunérés à la hauteur de leurs efforts », a-t-il fait savoir.

Seul le candidat communiste à la présidentielle, Fabien Roussel, a adressé un véritable appel du pied à ce mouvement en gestation. « Si le gouvernement n’agit pas dans les jours qui viennent, j’appelle les Français à se mobiliser comme nous avons su le faire en 2018 avec les Gilets jaunes sur les ronds-points, devant les sous-préfectures, les préfectures, devant tous les lieux de pouvoir, de l’Élysée à Matignon », a-t-il déclaré au micro de France 2 depuis la Fête de l’Humanité. Le RN préfère, de son côté, jouer la montre, en invitant ces potentiels Gilets jaunes à transformer leur colère en bulletin de vote pour l’extrême droite. « Nous leur disons : “tenez bon, encore huit mois” [] on arrive », a lancé Sébastien Chenu sur BFMTV.

C’est sans doute la principale différence avec la fronde née à l’automne 2018. Lorsque la révolte des Gilets jaunes a spontanément explosé, il n’existait pas, à court terme, de débouché électoral national permettant aux manifestants de traduire leurs aspirations sociales ou démocratiques par le vote. Or, avec l’élection présidentielle qui se tiendra au printemps prochain, la colère, l’indignation ou l’aspiration à une vie meilleure pourraient rapidement trouver un écho dans les urnes. Une perspective qui, le 17 octobre prochain, pourrait limiter l’ampleur de la mobilisation et explique sans doute pourquoi la plupart des responsables politiques se tiennent, pour le moment, éloignés de ces appels.